Que reste-t-il de nos récits ? Vaste question, à laquelle nous tenterons de répondre dans cette série d’articles qui entend explorer nos nouveaux imaginaires et notre rapport actuel aux récits et à des images toujours plus nombreuses, dont on ne connaît pas toujours la source. Épisode 3 : ce que l’arrivée de nouveaux clients et les problématiques de communication auxquelles ils se heurtent disent de l’évolution de notre rapport au collectif et à l’intérêt général.
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Fin septembre, nous étions pour la première fois exposants au Printemps des études. Bon nombre de nos clients et partenaires (responsables d’études en institut et en agence de communication, freelances…) nous ont fait l’amitié de passer nous voir, souvent avec la même question, aussi conventionnelle que légitime étant donné la crise politique et économique que nous vivons : « Et vous, vous travaillez beaucoup en ce moment ? »
Une question en apparence anodine, mais qui en dit long sur la période. Oui, nous travaillons beaucoup, mais surtout différemment. Depuis quelques mois, nos interlocuteurs changent : là où nous collaborions principalement avec des entreprises privées, ce sont désormais des institutions publiques, des collectivités, des établissements d’enseignement ou des acteurs parapublics qui viennent questionner leur manière de dire, de se raconter, d’incarner leur mission.
Au-delà de la diversité de leurs enjeux sectoriels ou conjoncturels, tous partagent une même interrogation : comment incarner aujourd’hui l’idée d’intérêt général ?
Longtemps, cette notion semblait s’imposer d’elle-même, portée par une évidence collective héritée d’une histoire partagée. Mais notre époque met à l’épreuve ces certitudes, à commencer par l’idée même de service public, et avec elle la légitimité de certaines missions qui ne se mesurent pas à l’aune de l’audience ou de la rentabilité immédiate. L’intérêt général n’est plus un présupposé partagé, il doit désormais s’expliquer et se démontrer. Les acteurs du service public qui nous consultent se trouvent ainsi confrontés à un défi inédit : expliciter leur mission, construire un récit fédérateur, redonner chair à des valeurs qui, hier encore, semblaient universellement admises.
C’est là, précisément, que peut s’ouvrir le champ de la sémiologie : (faire) comprendre comment les mots, les images, les représentations peuvent produire du sens (ou non) et comment leur mise en récit peut, aujourd’hui, (re)donner corps à l’intérêt général.
